Reuters. Le soleil darde ses rayons solaires sur la très grosse grande ville. L'Euro est bientôt terminé, la fatigue l'emporte sur tout le reste. Ici, à Kiev, les supporters privés de sommeil se sentent comme une bière éventée, sans bulles, sans passion. Comme à la fin d'Ulysse, de Joice, la lassitude des héros se sent dans les phrases, tout devient décousu, les organismes sont lessivés, seuls quelques râles viennent tirer Didalus du sommeil. Nous croisons dans le dédale des labyrinthes un jeune homme blond, grand, musclé, aux yeux bleus, qui prétend s'appeler Ernesto V., et accepte acrimonieusement de répondre à nos questions.

Que penser de cet Euro ?

Honnêtement, c'était pas mal. Un peu défensif et tactique, ce n'était pas du foot champagne, plutôt du foot limoncello, un peu acide, qui tire les traits, mais il y a eu de l'intensité, de belles équipes. Et le plus beau 0 - 0 vu depuis un moment.

L'Equipe de France : crise de la passion, ou passion de la crise ?

Le match contre l'Espagne n'était pas SI mauvais. Ce n'était pas du football champagne, plutôt de football Koenigsbier, si vous voyez, mais bon. On a bien tenu défensivement, c'était bien cadenassé. On peut reprocher un manque d'envie, de talent, de combativité, de respect pour les supporters smicards venus dépenser une fortune pour voir une équipe jouer à l'autre bout de l'Europe ; un comportement de sale gosse, une apathie lamentable, une paresse pituiteuse, une faiblesse mauve, une ampoule grillée — un menfoutisme évident qui ne donne plus envie de les supporter à l'avenir. On peut reprocher BEAUCOUP de choses en fait, mais je cite Ribéry dans son interview d'après-match : "Comme l'a dit Kierkegaard, la vie, c'est toujours un peu décevant. Enfin, je schématise." L'Equipe de France épouse la vie, la suit dans une sorte de dimension parallèle.

Et hier soir ?

Match extraordinaire. Intense, grandiose — et sans buts ! De quoi réconcilier avec le football. La France a fait semblant de découvrir que Pirlo est un génie absolu. Buffon, Balotelli (surtout) et Cassano ont été fabuleux. Pour tout dire, on rêve devant cette équipe italienne — je ne pensais pas dire ça un jour...

Tout de même, vous portez cinq écharpes de Liverpool : ça ne vous fait pas mal de voir que Gerrard n'aura jamais de titre international ?

Non. Steven Gerrard est mon héros, et il n'y a pas de héros sans tragique. C'est écrit : il ne doit pas gagner. Liverpool l'a bien compris depuis un moment.

Tout de même, la Carling Cup ?

Arrêtez de vous foutre de moi.

Un pronostic pour les matchs à venir ?


Pas vraiment. Ce sont quatre très belles équipes, et je suis enthousiaste. Disons : le Portugal va sortir le grand jeu pour battre l'Espagne. Quant à Allemagne/Italie... Vous avez vu ces deux équipes jouer ? Bon sang, je trépigne rien que d'y penser !

Pour finir, une question musicale : plutôt slip ou caleçon ?

Oui, il s'appellera peut-être "Caribbean Gothic", c'est le titre de travail, et donc je travaille dessus, mais très mollement. Pour l'instant il y a trois notes qui sont sûres d'être sélectionnées. Je vais aussi publier mon premier roman, "L'Autodidacte", ça parle d'un homme qui rêve d'apprendre par lui-même mais ne fait qu'apprendre des autres, et finit par se suicider. Plus qu'un roman d'initiation, il s'agira d'une nouvelle initiation au roman, vous voyez ?