Le groupe B est de loin le plus intéressant de la compétition. Décrit un peu partout comme « le groupe de la mort », il est composé d’équipes prestigieuses, bien que parfois à bout de souffle. (Le passé prestigieux ne suffit pas : qui attend encore un bon disque de Viol, de Ringo Starr ou d’Amy Winehouse?) Si on analyse froidement, sans affect, sans biais, les effectifs en question, le dénouement est limpide.

Le Danemark est l’équipe la plus faible du groupe. Des esprits taquins les voient réitérer l’exploit de 1992, mais soyons sérieux : la foudre ne tombe pas deux fois au même endroit. Malgré quelques joueurs de qualité (surtout Agger, parce qu’il joue à Liverpool, et les « Fab Three » d’Evian Thonon Gaillard), c’est un collectif sans passion, calme, posé, terre à terre, protestant, pour tout dire, et il ne faudra pas attendre grand-chose d’eux.

Tout le monde voit l’Allemagne remporter l’Euro, et pourtant, elle ne passera pas les poules. Sans son superbe Schweinsteiger (l’éternel blessé), la Mannschaft ne parviendra pas à séduire comme elle l’a fait il y a deux ans. C’est une belle équipe mais, minée par les querelles d’ego, la dispersion de ses talents en Europe, et les attentes trop fortes pour de jeunes joueurs, elle finira par exploser en vol. Formation appliquée mais sans génie, réaliste, laborieuse, protestante, pour tout dire, elle quittera la compétition avec un sentiment d’amertume.

C’est l’année de la Hollande (hm…) et les Pays-Bas vont briller. Avec des têtes à claque attachantes (Robben, Sneijder, Van Bommel, De Jong etc.), les Oranje ont tout pour aller très loin dans cet Euro, malgré un côté parfois brouillon dans le collectif. Partagés entre catholicisme, protestantisme et athéisme, les Pays-Bas oscillent donc entre génie, bêtise, et ignorance, mais il suffit parfois d’un peu de grâce pour effacer la moisissure, et ils atteindront facilement le dernier carré.

Les spécialistes voient le Portugal faire un Euro catastrophique, à tort. Faible défensivement, misant à peu près toutes ses chances sur la forme du grand Christiano Ronaldo (c’est tout juste si on ne l’imagine pas enfiler les gants pour arrêter les penaltys en fin de match), les Lusitaniens vont épater le monde avec un jeu débridé, sans calcul, porté vers le but adverse. C’est une équipe intrépide, fière, qui mise sur la flamboyance quitte à prendre des coups, une armée d’esthètes, portée par le mystère, maladroite mais gracieuse, lyrique, catholique, pour tout dire, et elle fera rêver tous les spectateurs.

 

Selon cette analyse :

Pays-Bas 2 – 1 Danemark

Allemagne 2 – 3 Portugal

 

A noter que la première émeute raciale sérieuse aura lieu pendant l'un des matchs de ce "groupe de la mort", ce qui inspirera aux gouvernements européens des discours dégoulinants de bons sentiments contre "les odieux hooligans", "les fans de foot décérébrés", "la bêtise qui vient ternir la beauté du sport." Pierre Ménès sera consterné, et dira que "vraiment, c'est typiquement ukrainien, il n'y a qu'en Ukraine qu'on voit ça."