hawley

Celui-là on a adoré, et on va le défendre bec et ongles.

Si la carrière de Richard Hawley ne fait pas beaucoup de bruit dans l'Hexagone, le secret commence néanmoins à s'ébruiter au fil des albums. Le bouche à oreille est discret, mais il existe. Même un torchon comme Télérama a acclamé ce Truelove's Gutter, mais ce n'est pas parce qu'un cochon urine sur les plates-bandes qu'on ne peut plus offrir des fleurs, comme on dit.

La musique d'Hawley, jusqu'ici, fonctionnait comme les meilleures recettes de cocktails : rien n'était en trop, et aucun ingrédient ne venait envahir les autres. A la loupe : le songwriting confine rarement au génie total, mais il est toujours appliqué, bien chiadé et de très bon goût ; la voix est très peu variée mais hypnotise comme le regard d'un crotale ; les arrangements virent parfois au systématisme (grandes cordes, cascade d'arpèges, etc) mais sont tellement bien faits que c'en est presque tant mieux. C'est l'assemblage de tous ces éléments qui rend l'écoute de Just Like The Rain (son Gentle On My Mind à lui) ou Valentine si grandiose, des chansons assemblées par touches successives, des châteaux de cartes somptueux qui auraient pu s'écrouler sans l'une ou l'autre des fondations.

Et là, il parvient encore à surprendre avec un virage stylistique étonnant. Les morceaux deviennent plus longs, plus atmosphériques. Plus sombres, aussi. Hawley ne construit plus des pièces isolées, mais de véritables forteresses avec de longs couloirs pour respirer et des oubliettes sinistres derrière les murs. Les titres sont étirés comme s'ils étaient placés sous un microscope, chaque détail est mis en valeur, briqué, poli avec une meule de guitares (le son est divin.) L'écriture est épurée, s'approche des classiques de la country -- influence évidente d'Ashes On The Fire. Et surtout, l'album se déroule comme une longue histoire, parfaitement rythmée. On trouve, dans l'ordre : un réveil délicat et mélancolique ; une longue déclaration d'amour emportée par des violons baveux ; une soirée au coin du feu au milieu de vieux souvenirs ; une cavalcade onirique de dix minutes sur l'océan (Remorse Code, meilleure chanson du disque) ; et ainsi de suite jusqu'à la fin, de repentirs en paroles délicates. La voix est plus envoûtante que jamais, et résonne comme un battement de coeur dans le vide qu'Hawley impose à ses chansons.

Bien sûr, il y a une autre façon de regarder tout ce qui est décrit au dessus. "C'est chiant", "il ne s'est pas foulé pour écrire des chansons cette fois-ci", "c'est du pilotage automatique", etc — autant d'accusations qu'on a pu lire à droite à gauche, et qui sont légitimes, mais tout dépend des goûts : certains trouveront au contraire que ce disque est son plus bel achèvement grâce au parti pris d'épuration. Ici, l'ascétisme et le baryton sensuel de Richard Hawley sont diamétralement opposés aux cavalcades baroques et frénétiques de son héros Roy Orbison, et pourtant les deux hommes partagent le même idéal. L'un avec ses orchestres angéliques, l'autre avec trois cailloux et une ficelle qui tire la gueule. Deux manières de représenter l'amour.