16_lovers_lane

L'Australie est, juste derrière l'Angleterre, le grand pays du rock. Easybeats, Saints, Bad Seeds, AC/DC, Airbourne, Radio Birdman (ou Midnight Oil et INXS pour les nigauds) sont autant de pièces à charge. Les Go-Betweens ont commencé par faire du rock braillard sympathique décalqué sur Bolan, puis ont décidé d'affiner leur écriture à partir de l'excellent Liberty Belle and the Black Diamond Express. Leur musique devient plus subtile, plus délicate, un peu comme des Belle And Sebastian australiens sans le côté touche-pipi agaçant. Il serait un peu facile, et pas forcément injustifié, de les considérer comme un groupe gentillet, mignon, mais dispensable. Néanmoins quand on pond un disque comme ça, on mérite le plus grand respect. Il faut lustrer la statue.

Sommet d'écriture, concentré de romantisme intelligent, 16 Lover's Lane (titre parfait) repose sur quelques chansons colossales qui auraient dû faire un carton interplanétaire. Impossible de s'enlever Love Goes On! de la tête après une écoute. Ou de résister à la délicieuse Streets Of Your Town. Mais le chef d'oeuvre de l'album est plus atmosphérique que sautillant : Quiet Heart, avec son violon et sa tendresse infinie, en fait une chanson imparable pour draguer les filles. La paire McLennan / Forster fonctionne un peu comme les jumeaux : il y a le gentil et le torturé. Forster signe les titres les plus sombres, comme l'inquiétant Love Is A Sign. L'exercice de style (un album sur l'amour ?) annonce par certains côtés Love Boat de Viol, ou le 69 Love Songs des Magnetic Fields, sans le côté foutraque et bordélique. Les Go-Betweens ne sont ni foutraques ni bordéliques (et préfèrent certainement le thé au gin), mais ce n'est pas une raison suffisante pour leur en vouloir. La seule erreur de Grant McLennan est d'être mort il y a trois ans.

A noter qu'aujourd'hui, la maison de l'amour du 16, rue des amoureux a été remplacée par une banque franc-maçonne.