selfportrait

Le Selfportrait de Dylan est précédé d'une sacrée réputation. Descendu par tous les critiques de l'époque, peu ou pas réhabilité depuis, les articles qui lui sont consacrés ne prennent pas de gants. Les termes autoparodie, manque d'inspiration, ratage, y sont fréquents. Quand on le lance pour la première fois sur sa chaîne, on s'attend presque à entendre un concert de pets ou un morceau de Peter Hammill. Et pourtant.

Pourtant c'est peut-être bien l'un de ses meilleurs disques. Trop long, évidemment. Trop dispersé, mais c'est ce qui fait son charme. Dylan y chante mieux que jamais, de sa voix de crooner country qu'il perdra par la suite. Il y reprend des traditionnels (Alberta, Little Sadie), ou des classiques (Blue Moon, Early Morning Rain, The Boxer, Take A Message To Mary.) ll se reprend lui-même (version hémorroïdaire de Like A Rolling Stone), se cite, s'approprie des morceaux qui ne sont pas de lui en changeant trois mots. Il livre des performances vocales passionnées (Days of 49, Copper Kettle.) En résumé, il fait tout et n'importe quoi, avec un enthousiasme communicatif.

Enregistré dans le but de se défaire de fans intégristes et incultes, le seul réel défaut du disque, c'est son manque d'ambition artistique. Pas de messianisme gothique comme sur John Wesley Harding, pas de logorrhée visionnaire comme sur la trilogie électrique, pas de bulletin météo comme sur Hard Rain ou Blowin' In The Wind... Pas de vision dylanienne, donc, ou si : une vision réactionnaire, un retour aux sources du patrimoine américain. La carte de visite de ses goûts. Juste une collection de très grandes chansons admirablement chantées, et parfaitement jouées par un groupe de goût. C'est tout ? Oui, et c'est suffisant pour démentir l'affirmation de Greil Marcus (mais qui lit encore les conneries de Greil Marcus aujourd'hui ?)